My father was a French prisoner in Stalag 3A. He wrote a diary from the
time of the "drole de guerre" to the liberation of the camp by the
Russian. This document shows the atmosphere and mood of simple ordinary
men transplanted in a world out of anything they had known. This booklet
in French has been typed by his grand-daughter who added a small
introduction. Thank you to all those who don't forget... J.F.

English translations to follow

Preface

Je ne me rappelle plus du moment où j’ai eu connaissance de ce carnet écrit par Papi, mais je me rappelle très bien de mon avidité à le lire quand j’ai reçu les photocopies envoyées par Jacqueline.

C’était pour moi une vraie curiosité que de connaître ce qu’il avait vécu de cette fameuse tranche d’histoire dont tout le monde parlait. Car quand on nous la raconte, les films, les histoires de la résistance, le, débarquement, les camps de concentration, De Gaulle, la radio, tout est un peu faussé puisque nous avons maintenant les tenants et les aboutissants.

Je me suis longtemps posé la question : mais comment les gens qui avaient une vie normale, banale avaient traversé ces années. A quoi pensaient-ils ? Aux grandes implications sur le monde ? Certainement plus simplement à eux, à leur entourage. Comment réagit-on quand on ne maîtrise rien ?

Ce carnet avait d’autant plus d’intérêt pour moi qu’il était écrit par mon grand-père que je connaissais donc bien, qu’il n’était pas très expansif et à qui je n’avais jamais posé de question parce que j’étais trop jeune et que ce n’était évidemment pas dans mes préoccupations de l’époque.

Je l’ai donc lu une première fois, très vite. Je reconnais que j’ai été un peu déçue, je m’attendais peut-être à trouver des rebondissements, du suspense, de l’action !...

Et puis, je l’ai relu plus posément, plus récemment et je me suis surprise à trouver des atmosphères, à entendre des bruits, à ressentir son état d’esprit, ses sentiments suivant les périodes. Et comme lui, par moment, je me disais mais qu’est-ce qu’il fait là !…

Nous avons maintenant les médias qui nous informe au fur et à mesure des évènements, des spécialistes font des analyses et tout cela nous permet certainement plus facilement de nous forger des opinions, de comprendre, voir de trouver des excuses.

Mais lui, il était dedans avec une femme, ma mami Yvonne et deux enfants, ma tante Jacqueline et mon papa, tout petit. Et, il avait tout simplement envie de continuer à vivre sa vie avec eux.

Quand on n’a pas la vision globale et surtout le recul que nous avons maintenant, on comprend mieux les sentiments mitigés, les opinions quelquefois changeantes et surtout cette impression d’être là, passif, à attendre que l’on décide pour vous.

Mais, je pense que sa façon de supporter les évènements, son but à lui, c’était tout simplement de reprendre sa vie où elle était avant, parce qu’il en était heureux.

Je le remercie d’avoir écrit ce carnet parce qu’il m’a permis de connaître « sa tranche de vie » et surtout permis que l’on soit ensemble, tout au long de ces lignes. Ce n’était pas arrivé depuis longtemps et cela me manque….

   

Mobilisation
Je fus mobilisé le 5 Septembre 1939 au 19ème régiment d’artillerie, 2ème batterie d’où je partis le 14 par le train pour une direction inconnue.

Après avoir roulé nuit et jour au ralenti, nous débarquons le 17 près de Naney où nous avons rencontré de braves personnes qui nous donnent casse-croûtes, café, vin, etc.,… puis par la route nous sommes allés à Rornémon dans une ferme et y avons passé une quinzaine de jours bien tranquilles.

Puis, nous sommes partis dans une autre ferme (je ne me souviens plus du nom). Nous allions travailler à 10 km, préparer nos positions de repli. Après 5 ou 6 jours, nous partons pour Lisering, nous les servants et les conducteurs puis pour Fresbouse où nous restons une dizaine de jours : nous travaillons sur nos positions de repli, des tranchées, ….

De là, nous montons en ligne à Faresbervillers où nous restons 23 jours, très calmes. Nous couchons dans le sous-sol d’une maison : nous n’en sortons que pour tirer quelques rafales auxquelles nous n’avons jamais eu de réponse. La nuit, nous entendions les fantassins devant nous qui tiraient de temps en temps et aussi quelques combats d’avions mais assez loin de nous.

Le 11 Novembre, pour fêter l’armistice, nous avons fait un bon « gueulton » à notre batterie : un vrai repas de famille, les officiers étaient assis à la même table que nous. Je ne me souviens pas avoir autant bu de « gniole » que durant les 23 jours passés ici. Notre lieutenant et quelques camarades avaient été réquisitionnés à Forback et comme l’eau n’était pas potable, nous buvions de l’eau de vie. Enfin, nous partons au repos à Lisering où nous reprenons nos travaux.

Le 25 Novembre, je pars en permission et avec quelle joie ! Depuis près de trois mois d’absence, quel plaisir de revoir sa famille !

Le 8 Décembre, je reviens retrouver mon régiment au camp de Sissonne où nous restons jusqu’au 12 janvier, nous y passons Noël et le Jour de l’An 40. Où passerons-nous le prochain?…

Le 12 Janvier, nous partons pour Auge (Ardennes) où nous arrivons le 15 au matin, le soir, alerte : il faut partir avant d’être installés… Nous voici donc en route pour la Belgique, mais entre temps les choses s’étant arrangées nous n’allons que jusqu’à Signy-le-Petit, nous y passons la nuit et le lendemain, nous revenons à Auge reprendre notre cantonnement. Nous voici donc installés, pour combien de temps ?…

Auge est un tout petit village, il n’y a plus de bistrot, aussi pour le « bon » moral du soldat français, pour qui c’est indispensable, il est donc décidé de monter un genre de coopérative dont je suis le gérant : on y vend un peu de tout pour le besoin du soldat, mais la boisson l’emporte de beaucoup, ainsi vin chaud, vin blanc et rouge, Rhum, eau de vie, Pernod, Bhyrr, Picon, Suze, etc., et moi, que de froid j’ai enduré dans cette « coopé » ! située dans une vieille grange sombre et humide. Enfin, malgré tout j’étais à l’abri de la pluie, sauf le matin quand j’allais au ravitaillement à Auvillers-les-Forges à 8 km où je trouvais à peu près de tout.

Malgré la crise de l’huile, nous avons mangé une quantité énorme de pissenlits. Je faisais également bien souvent les commissions pour des civils qui me rétribuaient soit en boissons, en beurre ou en œufs et même en jambon de temps en temps.

Nous allions avec mon camarade BOIRIE donner un coup de main aux civils pour la batteuse ou bêcher leurs jardins, ils en étaient très contents et nous, cela nous passait le temps.

Le 28 février, je pars pour ma deuxième permission toujours avec la même joie de retrouver ma petite famille en bonne santé et surtout mon dernier né qui avait bien grandi.

Le 12 Mars, je suis de retour avec un grand « cafard »! Je ne pouvais plus supporter le bruit et le tintamarre de la coopé. Alors je laisse choir au début d’Avril, juste après le départ de notre brave capitaine Ermanuelli qui d’ailleurs, fit couler plus d’une larme.

Après avoir quitté la coopé, je fus remis au service de la batterie comme brigadier de pièces : je m’occupais du soin des chevaux, faisais des promenades à cheval et un peu d’école de pièces.

La vie passait de façon assez douce, ce n’était pas la guerre, nous étions tous abrutis par la longueur du temps, par le cafard.

Pendant ces quatre mois de calme, devant la lenteur des évènements, le crâne bourré par les journaux, nous attendions, inconscients, sans espoir d’une fin de guerre prochaine.

Départ pour la Belgique

Un beau matin, le 9 mai : Alerte, départ immédiat pour la Belgique. Nous prenons donc la route un peu avant la nuit après avoir dit au revoir aux civils et les remercier de leur bon accueil.
Après avoir voyagé toute la nuit, nous arrivons à la pointe du jour, dans un petit village où nous nous cachons tant bien que mal pour éviter d’être vus par une dizaine d’avions allemands qui survolent le village.
Après leur départ, nous allons nous cacher dans un bois, à environ un kilomètre de là. Nous y passons la journée, il faisait beau, ce qui nous permis de nous reposer un peu. Mais dans l’après-midi, les avions reviennent sur le village et laissent tomber 3 bombes qui démolissent le clocher et la voie ferrée. C’était le premier bruit de bombe que nous entendions depuis le début.

A la nuit, nous repartons. Après avoir traversé la frontière belge et suivi une longue mais belle route, nous nous arrêtons dans un bois près d’une ferme où nous passons une nouvelle journée. Nous entendons au loin le bruit du canon et qui, pour la première fois nous fit croire à la vraie guerre c’était le 11 mai 40.

Nous repartons le soir après avoir mangé la soupe tant bien que mal car il fallait faire vite. Nous marchons encore toute la nuit. Au matin du 12, nous entrons dans un bois , pensant nous y reposer, mais nous le traversons par un très mauvais chemin d’où s’ensuit une légère pagaille qui devait être bien plus grande par la suite :

Nous étions obligés de doubler les attelages pour monter une grande côte. Les premières pièces montées partirent laissant les dernières se débrouiller seules. Enfin, parvenus à monter, non sans mal, nous partîmes à la recherche des pièces manquantes, mais n’ayant laissé aucun repère sur le chemin, il nous fut impossible de les retrouver;

Nous continuons à chercher ainsi une bonne partie de la matinée sous le vol des avions allemands qui auraient pu nous écraser en peu de temps s’ils en avaient eu l’intention.

Vers 10h30, ne nous voyant pas arriver, on vient à notre rencontre et retrouvons les collègues dans un bois où nous faisons une halte pour manger le peu de vivre que nous avions dans nos musettes, certains même n’avaient plus rien.

Nous repartons pourtant, le ventre creux depuis la veille, sans même prendre une tasse de jus. Puis vers midi, nous allons mettre en batterie sur une petite côte toujours sous le vol des avions allemands. Je reviens avec les chevaux et les avants trains dans le bois. Nous cherchons du foin et de l’avoine dans un petit village à proximité pour les chevaux qui sont très fatigués aussi.

Un peu en avant de nos positions, les avions allemands mitraillent et bombardent durant toute la soirée. Enfin harassés de fatigue, nous nous endormons dans le bois près des chevaux jusqu’au lendemain matin. Nous sommes réveillés par la fraîcheur et non sans avoir les cotes raides.

C’était le 13 (Lundi de pentecôte), n’ayant rien à manger nous serrons la ceinture d’un cran, mais bientôt n’y pensons plus car les avions revenus ne cessent de mitrailler les bois devant nous, venant jusqu’au dessus du nôtre et nous nous demandons ce qu’ils viennent faire, enfin heureusement, rien pour nous. A la nuit, la soupe nous arrive mais les servants qui sont aux pièces n’ont rien ou presque pas.

A 22h00, nous recevons l’ordre de monter chercher les pièces pour nous replier, mais quand nous arrivons, on nous dit d’attendre, puis vers minuit, on nous dit de repartir : l’alerte avait été chaude mais sans suite. Nous retournons dans le bois où dans l’obscurité nous attachons les chevaux plus ou moins bien et nous nous endormons pendant que tout est calme.

Le 14 au matin, nous sommes sur le qui-vive car le bruit court que les allemands ont traversé la Meuse – nous étions en batterie au Bois du Roi, à environ 12 kms de Dinan – nous n’avions rien à manger mais n’y pensions guère.

Vers 10h00, l’ordre nous est donné d’aller chercher les pièces avec un «beau début » puisque deux chevaux ont été perdu pendant la nuit. Enfin il faut y aller, nous partons donc et faisons les 2 ou 3 kms sous les avions qui nous regardent faire, en ayant la partie belle, car durant les 3 jours passés là, aucun avion français ou anglais n’est venu chasser les allemands qui ont pu faire tout ce qui leur plaisait. Enfin, nous revenons avec nos pièces et tout le personnel car malgré le bombardement aucun n’a été blessé ou tué.

Nous nous retrouvons rassemblés dans le petit village avec les deux batteries quant au même moment 3 ou 4 bombes sont lancées et tombent à une cinquantaine de mètres derrière nous : nous en partons en vitesse !

Et là commence une histoire personnelle : un sous-officier ne pouvant faire suivre son cheval, me le confia en me disant : « suis comme tu pourras ».

Nous voici partis sur une grande route bordée de hauts peupliers qui nous préservent un peu de la vue des avions. Bientôt, je suis distancé par la batterie, car mon cheval ne veut pas marcher. Je les rattrapai de temps en temps lorsqu’ils s’abritaient, mais aussitôt repartis, ils me laissaient derrière.

A un moment, nous fûmes obligés de traverser un village et ensuite des champs. Nous avons subi plusieurs rafales de mitrailleuse et quelques bombes. Heureusement, il n’y eu aucune victime. En arrivant dans un bois, un régiment motorisé qui était camouflé, démarra et de ce fait, un encombrement formidable se produisit. J’en profitai pour rattraper la batterie, mais deux caissons étant absents, l’adjudant me dit de rester là pour les guider sur le chemin de la batterie, il était environ 13h00.

Aussitôt la batterie partie, elle fut fortement bombardée et mitraillée, puis ce fut le tour du régiment motorisé qui était encore là, car la route étant coupée devant, il ne pouvait ni avancer, ni faire demi-tour : une pluie de balles et de bombes vient s’abattre sur eux en faisant un dégât formidable et moi, resté là à ce carrefour, je me réfugiait à chaque rafale dans un petit bois tout proche.

Vers 16 h, ne voyant pas mes deux caissons arriver, je me décidai à partir, mais ou retrouver ma batterie disparue pendant les attaques ?

Je pars à l’aventure, seul avec mon cheval que je traîne par la bride. A environ 2 kms de là, je trouve la CR du 219ème. Je leur demande s’ils ont vu passer le 19ème, mais non, rien. Le capitaine me dit de les suivre.

Me voici donc parti avec mon vieux cheval mais je ne pus encore pas les suivre.

A quelques kilomètres de là, mon cheval ne voulait définitivement plus avancer, je lui enlève donc la bride et la selle et je l’envoie dans une prairie.

Je pars donc à pied, seul sur la route parmi les débris de canons, de caissons, de cadavres d’hommes et de chevaux, me jetant à plat ventre à chaque instant car les avions sont toujours là. Je suis ma route, démoralisé, fatigué, le ventre creux.

A quelques kilomètres de là, je retrouve certains de mes camarades qui me racontent qu’ils ont été contraints d’abandonner le matériel ; une seule pièce sur les 12 du groupe a pu être sauvée. Ils m’apprennent également que mon chef de pièces a été tué ainsi qu’un servant…

Si je n’avais pas eu à m’occuper de ce vieux cheval, j’aurais du être assis à côté de lui, et donc ?!…

Un des conducteurs a eu une jambe et un bras arrachés. Un vrai carnage!.

Nous poursuivons notre route vers un petit village. Dans une maison démolie par une bombe, nous trouvons sur une table des restes d’un poulet rôti et un peu de pain très dur que nous avalons de bon cœur et après une descente à la cave, nous trouvons de la boisson sucrée. Après s’être restaurés, nous repartons.

Après quelques kilomètres, nous trouvons dans une ferme des pommes, nous nous emplissons les poches et repartons à l’aventure sans trop savoir vers quel côté aller.

Les avions sont encore passés, la route est jonchée de cadavres d’hommes et chevaux, et de matériel.

La nuit tombe, nous rencontrons une batterie du 219ème d’artillerie qui se replie. Nous décidons de la suivre mais peu après, elle est mitraillée en pleine nuit par un avion. Alors, nous l’abandonnons et reprenons la route seuls. Arrivés dans une maison, nous nous arrêtons sur un tas de fagots, sous un hangar, et après s’être reposés 2 heures, nous repartons, le jour se lève.

Nous sommes le 15. Nos provisions de pommes étant épuisées, nous cherchons de quoi nous ravitailler. Dans une ferme abandonnée, après un rapide examen, nous découvrons 2 boîtes de sardines, un verre de confiture, un paquet de biscuits et quelques bouteilles de bière que nous dégustons en vitesse, à cinq que nous étions et nous voici de nouveau sur la route.
Il faut souvent faire du plat ventre car les avions sont revenus. Bientôt nous arrivons dans un village où une section d’infirmiers se préparait à partir. En les priant un peu, nous obtenons 2 boîtes de biscuits et 4 bouteilles de vin bouché. Dans un magasin, je prends une paire de chaussons car j’ai les pieds en sang.

Nous sommes deux, juste au moment où passe un camion. Nous lui faisons signe d’arrêter et croyant que les copains suivent, nous sautons dedans, mais il démarre aussitôt et voilà notre équipe réduite à 2. Je regrette d’avoir abandonné mon meilleur copain Boirie.

Après 15 ou 20 kilomètres, nous arrivons à la frontière. Le camion nous y dépose, il fait beau, nous nous reposons 1 heure au soleil. Un douanier charitable nous donne une bouteille de cidre qui est la bienvenue.

Nous sommes dans l’Aisne. Nous commençons à nous reconnaître un peu mieux. On nous dit que notre régiment doit se reformer à Aubanton.. Nous partons donc en direction d’Hirson.

En chemin, nous rencontrons un sous-officier du 19ème qui ramenait l’unique pièce du groupe qu’il avait pu sauver. Nous montons sur l’avant-train. A la nuit, nous sommes à environ 2 kms d’Hirson quand on nous fait arrêter dans un bois car la ville est en train d’être évacuée.

Mon collègue et moi allons nous réfugier dans une vieille grange non loin de là, et nous endormons. Mais vers 3h00 du matin, le 16 mai, nous sommes réveillés par le passage de troupe qui se replie, nous sortons et décidons d’aller quand même vers la ville, dans l’intention d’aller sur Aubanton.

Nous cherchons de quoi manger, car nous sommes morts de faim. Un camarade nous donne une boite de sardines et j’achète un litre de vin , que des civils non évacués nous vendent. Plus tard, nous trouvons dans une épicerie démolie par une bombe, des biscuits, du chocolat, des bonbons. Nous en remplissons nos poches et nous partons vers Aubanton, mais un peu plus tard, nous trouvons des civils avec des enfants qui crèvent de faim. Nous leur donnons aussitôt notre réserve, sans nous soucier du lendemain.

Ils nous disent de ne pas aller plus loin car les allemands sont arrivés dans la ville. Nous ne pouvions le croire, nous faisons quand même demi-tour et on se dirige vers Vervins.

En route, nous prenons dans un café, un litre de vin et un bidon de cidre, et là, nous retrouvons notre adjudant et un sous-officier. Nous entrons dans une prairie à quelques centaines de mètres, pour traire des vaches qui étaient au champ. Après avoir bu un bon coup de lait, nous prenons la route de Marle. L’adjudant en vélo, le sous-off à cheval nous ont quitté avançant plus vite que nous.

Les avions sont de nouveau là, il faut souvent se cacher. La route est bondée de civils et de soldats, fuyant tous, sans trop savoir où aller.

A 3 ou 400 mètres de la ville, des fusées blanches nous passent devant. Ce sont des parachutistes qui étaient cachés dans un petit bosquet.

Nous traversons la ville, marchant à vive allure, oubliant la fatigue et la faim. Nous prenons la direction de Laon. A peine sortis de la ville de Marle, voilà l’artillerie qui tire sur nous légèrement en arrière et à droite de notre position.

Les civils affolés fuient de plus en plus vite, nous les imitons en espérant passer Laon. Mais, à environ 15 kms avant d’y arriver, nous voyons venir sur notre gauche un groupe de chars et d’autres mitrailleuses ! Ce sont des Allemands ! Que faire ?

Il sont sur nous ! Faire demi-tour, l’artillerie tire de plus en plus pendant ce court réflexe. Elle débouche devant nous, les allemands laissent passer les civils et nous mettent en joue ! Il n’y a plus qu’à lever les bras, nous sommes prisonniers !!

Prisonnier

Qu’allons-nous devenir ? Les bruits les plus divers courent.

Nous sommes 42 de divers régiments, rassemblés près de leurs chars. Ils nous désarment. A moi, ils prennent mon revolver dans lequel je n’ai jamais pu y rentrer une balle et un soldat le met dans sa botte. Les collègues ont vu leurs fusils cassés contre les arbres, et, sans perdre de temps, ils nous indiquent une route à suivre, remontent tous en voiture et repartent aussi vite qu’ils sont arrivés.

Une vingtaine , moi y compris, sur les 42 que nous étions, suive la route indiquée, non sans entendre les conversations les plus diverses, l’autre équipe continue sur Laon.

Nous, après avoir marché 5 ou 6 heures, on arrive dans un petit village. La nuit, nous nous couchons dans une écurie, harassés par la fatigue, le moral bien bas et dormons jusqu’au matin. A notre réveil, toujours seuls, notre équipe a diminué. Nous restons une dizaine, les autres ont essayé de se tirer, mais ont été ramassé.

Un peu plus tard, nous faisons le tour de la ferme à la recherche de victuailles mais rien, sauf quelques œufs. J’en ai trouvé 3 que j’ai avalé de bon cœur.

Vers 10h00, n’ayant toujours personne pour nous garder, nous décidons de revenir sur nos pas. En passant dans un petit village, nous trouvons quelques biscuits et du tabac dans une épicerie dont la porte était restée ouverte. Vers 11h00, une voiture passe et nous fait diriger sur Crécy sur Serre.

Arrivés, on nous met dans un pré où il y avait déjà plus de 200 collègues. Nous passons ici le reste de la journée du 17, non sans avoir serré la ceinture. On nous emmène coucher dans une grande ferme. Nous logeons dans une écurie où nous ne sommes pas trop mal malgré le peu de paille qu’il y a.
Le 18, vers 9h00, nous reprenons la route avec quelques tiraillements dans l’estomac pour La Tère où une grande ferme est à notre disposition. Dans l’écurie, nous trouvons des betteraves qui sont notre repas de la journée. Il fallait voir comment nous mordions dedans ! La nuit se passe bien.

Le matin, à notre réveil, on demande des bouchers, des boulangers pour aller faire du pain en ville et tuer des vaches. Mais au moment où l’on croyait un peu se restaurer, il faut partir. Les collègues qui avaient été en ville rapportent un peu de charcuterie. Nous réussissons à avoir un peu de pâté de tête qui commence à sentir, mais cela ne fait rien.

Donc, le 19, vers 10h00, nous partons pour Marle où on nous fait coucher dans l’église, assis sur les chaises. Il nous est impossible de remuer les jambes, aussi la nuit est-elle mauvaise.

Le 20 au matin, nous partons pour Rozoy sur Serre. On nous met dans une prairie, et on nous dit que l’on peut écrire. Aussitôt, tout le monde se met au travail, mais les lettres, arriveront-elles ?…

On tue 2 veaux qu’on distribue à chacun de façon plus ou moins égale. Nous en attrapons un peu et le faisons cuire sur du feu, allumé dans la prairie. La nuit approchant, il faut l’éteindre, alors cuit ou pas, nous le mangeons tel quel et nous voici une fois de plus couchés à la belle étoile !

Le 21 au matin, les côtes un peu raides, nous partons pour Maubert-Fontaine. 35 kms dans les jambes nous font digérer le déjeuner que nous n’avons pas eu pendant le parcours. Tous les ruisseaux ou fontaines avaient notre visite car nous sentions notre estomac de plus en plus vide, alors nous buvions de l’eau pour le remplir. Nous avons trouvé du marc de café qui avait déjà servi mais nous en avons fait du café, un peu clair ! C’est tout ce que l’on a eu pour la journée.

La nuit a été plutôt froide, et le matin, pour nous réchauffer, nous partons pour Charleville. C’était donc le 22 mai 40.

Dans cette étape, j’ai rencontré des commerçants où j’allais me ravitailler tous les jours étant à Auge. Ils n’ont même pas pu me donner un morceau de pain car leur magasin avait été pillé. Enfin, après bien des efforts et le moral bas, nous arrivons à Charleville. On nous donne une gamelle de soupe aux nouilles qui fut bien accueillie car c’était la première depuis 10 jours. Dans la nuit, les avions anglais sont venus sur la ville, ce ne fut qu’un bruit de DCA toute la nuit.

Le 23, nous partons pour une étape de 45 kms. La pluie se met à tomber à mi-chemin, bien trempés et terriblement fatigués nous arrivons à à Bouillon (Belgique). Vers 23h00, la moitié est logée dans l’église et l’autre dans une maison où les fenêtres sont parties. Je me trouve heureusement à coucher dans la maison (car je me rappelle de l’église de Marle). Nous nous étendons sur le parquet, nous sommes trempés jusqu’aux os, mais nous dormons bien quand même.

Le matin du 24, on nous emmène dans un vieux château-fort et l’on nous donne une espèce de soupe, environ un quart chacun, et ensuite on nous fait vider no^poches : couteaux, rasoirs, briquets, ceinturons, fourchettes, etc,… et pour la première fois, légèrement malmenés. C’est vrai qu’il y avait une belle pagaille car nous étions au moins 5 ou 6 mille.

Puis après avoir longé la Meuse pendant plusieurs centaines de mètres, nous prenons la route sous un soleil de plomb. Nous nous arrêtons à toutes les fontaines ou les ruisseaux pour boire et prendre de l’eau.

Un événement dramatique s’est produit sur la route : un camarade approchant d’une voiture pour attraper un morceau de pain qu’on lui tendait, la sentinelle le voyant tira un coup de mousqueton sur la route pour le faire rentrer dans la colonne, mais la balle fit ricochet, le tuant net sur le coup. Alors, on le traîna dans le fossé et on continua notre route toujours sous la chaleur. A la moindre goutte d’eau, c’était une véritable ruée. Nous arrivons le 24 au soir à Bertrix où un camp à la belle étoile était désigné pour nous recevoir. Le régime alimentaire n’ayant pas changé, nous serrons la ceinture une fois de plus. La nuit ne fut pas très chaude, ni très calme, car les anglais sont venus faire un tour et la DCA n’a pas cessé de tirer durant plus de deux heures.

Au réveil, nous avons la joie d’attraper un petit morceau de viande de veau qu’on avait tué. Nous le faisons cuire ou plutôt fumer selon notre mode de cuisson habituelle.

Nous partons pour Libramon où on nous fait faire une pause de 3 heures en plein soleil, à tourner autour d’un champ comme des fauves en cage qui attendent leur repas, puis nous repartons pour Neufchateau. Nous y arrivons vers 18h00 le 25. Nous héritons d’une soupe, et comme logement ,d’une prairie dans un bas-fond où serpentait un petit ruisseau qui nous permet de nous nettoyer et nous rafraîchir à volonté. La nuit aurait été assez bonne sans les tirs presque continuels de la DCA.

Le 26, nous avons la joie d’apprendre que la journée serait repos. La nouvelle fut très bien accueillie car nous étions tous à bout. Nous touchons un peu de pain et du fromage le matin. Dans l’après-midi ayant attrapé du poumon de cheval, nous le faisons bouillir et nous le mangeons à moitié cuit, sans sel, en buvant le bouillon. Jamais, je n’ai rien trouvé d’aussi mauvais mais tant pis, cela bouche un trou !

Le 27, nous allons à la gare, dans un camp très réduit, nous étions tassés comme des sardines avec pour matelas des cailloux. Nous touchons 125 grammes de biscuits secs et un demi-fromage.

Le 28, même régime. Le soir, il pleut, il ne fait pas chaud. Avec les flaques d’eau partout, il est impossible de se coucher. Certains ont des toiles de tentes et peuvent s’abriter mais moi, je n’ai rien. On fait sortir quelques uns, et je suis du nombre, pour aller coucher dans un wagon. Mais nous sommes 70, il est impossible de dormir mais cela ne fait rien, nous sommes à l’abri.

Le 29, 250 g de biscuit et le soir un petit morceau de viande que l’on mange crue car elle était très bonne.

Le 30, 250 gr de biscuits et nous voici embarqués dans un wagon découvert où il ne fait pas chaud pour passer la nuit. Au matin, après avoir traversé le Luxembourg, nous arrivons à Treve.

Le 31 vers 8h00, arrivés, nous attendons qu’on nous désigne une baraque ce qui se fait vers 10h00.

Après reconnaissance de notre emplacement, nous faisons la queue pour la soupe. Vers 17h30, nous sommes à quelques pas des cuisines quand on nous dit qu’il n’y a plus rien. Alors, on nous emmène chercher un casse-croûte composé de 4 tartines de pain, de fromage et de margarine. Après avoir avalé ce repas minime, nous allons nous coucher sur la paille où malgré les tirs de DCA, nous dormons comme des loirs.

Le 1er Juin au matin, nous touchons quelques biscuits et de la confiture puis nous faisons la queue pour la soupe. Vers 15h00, on réussit à avoir un plat de haricots qui fut comme toujours le bienvenu. Le soir, nous embarquons, serrés comme des sardines et nous voyageons toute la nuit. Vers 8h00 du matin, nous passons à Marburg. On nous ouvre la porte pour nous faire uriner et distribuer un peu de pain sec et du café. Nous repartons et voyageons toute la journée du 2 et la nuit suivante sans sortir du wagon.

Luckenwalde

Enfin, le 3 au matin , nous débarquons à Luckenwalde. On nous emmène dans un camp, aménagé pour nous qui est notre stalag 3A. Nous sommes soulagés d’être arrivés car nous sommes épuisés par la fatigue et la faim et complètement démoralisés. Enfin, vers midi, on nous sert une assiette de soupe qui est happée en peu de temps et nous tombons sur la paille où pendant 3 jours, nous dormons sans arrêt sauf pour manger.

Nous sommes logés sous des tentes. Nos gardiens nous font bonne impression, et par la suite, on reconnaît que ce sont tous de braves gars. Enfin, une semaine de repos complet, nous fait le plus grand bien mais nous sommes toujours affamés. La nourriture n’est pas assez abondante : le matin, nous avons du café c’est à dire de l’orge grillée, le midi 1 litre de soupe, et le soir 350 g de pain avec soit du beurre ou du saucisson, ou du fromage, ou du miel ou de la margarine. Il est impossible d’apaiser notre faim et bien souvent, je me suis couché et endormi pour ne pas songer à manger.

Nous demandons tous qu’une seule chose, partir travailler. Et voilà, que le 16, je passe la visite comme volontaire pour le travail et le 17 au matin, nous partons à 80. On nous emmène au camp Halteslager, à 7 kms de Jüterborg. Je me retrouve dans une équipe de cultivateurs de 20 hommes. Après avoir mangé un bon plat de soupe, nous partons à 13h00 au foin. Notre gardien a l’air très sévère. Nous travaillons de notre mieux mais les forces manquent. Les civils qui travaillent avec nous sont très gentils, notre directeur aussi.

Après les foins, nous faisons tous les autres travaux, fumier, moisson, battage, etc.,… nous logeons dans une baraque en bois très propre et bien aménagée avec de bons lavabos. Nous pouvons nettoyer notre linge et nous-mêmes. Nous couchons dans un lit avec des draps, mais au bout de quelques mois, on nous les enlèvera.

La nourriture est un peu juste : café le matin, un petit casse-croûte avec confiture le midi et le soir casse-croûte avec graisse de porc ou beurre, et fromage ou boudin ou pâté ou saucisson. De temps en temps, nous faisons un peu de « tambouille » quand on a pu resquiller quelque chose comme des pommes de terre, carottes, choux, d’ailleurs très souvent ramassés dans les baquets à cochons. Quelquefois, nous avons un peu de rabiot des cuisines. Malgré une nourriture très réduite et plus ou moins appétissante, nous vivons mieux qu’à stalag mais sans force, ni courage pour le travail.

Le 10 Août, nous voyons partir notre chef d’équipe, un lorrain, cela nous donne l’espoir d’une libération prochaine et donne cours à tout un tas de bobards. On parle de renvoyer les alsaciens, puis les lorrains, les bretons, les corses, les noirs,… tout cela nous remonte le moral avec aussi l’apparition de quelques lettres et colis (le 8 septembre).

Mais une chose, nous cause quelques soucis, les avions anglais viennent presque toutes les nuits du 15 Août à ce jour. Seulement 3 nuits ont été calmes. Ces jours-ci, 3 bombes sont tombées à quelques centaines de mètres de notre baraque dont une sur une maison de civils.

Le 15 Septembre, je reçois mon premier colis, je suis très heureux car j’apprends par le cachet de la poste que ma femme est dans l’Indre, mais il n’y a pas de lettre. Que sont devenus mes gosses ? La famille est-elle en bonne santé ? Autant de questions sans réponse!… Les colis arrivent, à bonne cadence, souvent 2 ou 3 par semaine.

Le 17 Septembre, nous entrons dans notre meilleure période : nous ramassons des pommes de terre. Le travail est très dur à cause du mal aux reins, la machine marche à vive allure. Nous n’avons pas le temps de lever la tête, nous faisons 10 heures, mais nous sommes assez bien récompensés car nous pouvons remplir nos poches 2 fois par jour à midi et le soir. Notre réserve grossie vite.

Mais un petit incident vient nous l’anéantir : ayant trouvé des poux, il faut faire le nettoyage complet alors nos pommes de terre qui étaient sous nos lits furent mises dans les lavabos. De ce fait, toute la chambrée se sert et en trois semaines, il n’y a plus rien. Mais nous recommençons les réserves et en conserverons jusqu’en Mars.

Enfin le 30 Octobre, j’ai la joie de recevoir ma première lettre ! Ah, quelle joie ! Que je fus heureux ce jour-là ! Mais il a fallu attendre jusqu’au 25 Novembre pour la 2ème. Après le courrier arrive plus régulièrement.

Et les jours, et les mois passent … Nous parlons souvent de la libération, mais elle ne vient pas vite. J’avis toujours eu espoir pour Noël, mais Noël est arrivé et pas la classe. Et nous en parlons de moins en moins. Nous passons un bon Noël, enfin du moins à côté des autres jours, car nous avons un bon morceau de viande et des biscuits arrivés de France. Le 1er Janvier 1941 passe bien au calme. Nous sommes au cœur de l’hiver que l’on redoute tant. Au travail, on n’a pas très chaud mais dans la baraque, on est vraiment bien car le charbon ne manque pas. Nous avons 4 poêles qui chauffent nuit et jour. Enfin, on n’a vraiment pas lieu de se plaindre.

Et l’hiver passe, les évènements se succèdent. On reparle de plus en plus de la libération et on nous promet la fin de la queue pour cette année. Pâques arrive, le temps passe. Au début de Mai, on apprend la libération des pères de 4 enfants, on apprend que des cultivateurs de la zone occupée sont en congé limité. Le 19 Mai, on entend à la radio que les vieux de 14 à 18 sont libérés. Nous attendons avec impatience notre tour !

Un petit incident nous arrive : nos gardiens emportent notre poste de TSF et nous revoilà de nouveau à entendre toutes sortes de fausses nouvelles, toutes sortes de bobards qui ne tiennent pas. Enfin, on apprend la prise de l’île de Crête et de 1200 prisonniers et le calme revient.

La Pentecôte passe. Voilà un an de passé depuis la Pentecôte 1940, jour où j’ai compris que c’était la vraie guerre. Que d’évènements, que de surprises de toutes sortes durant cette année ! Que nous réserve l’avenir ? Une seule surprise que nous souhaitons tous, c’est la classe !!!

Mais toujours des complications, on apprend que la Syrie est en guerre avec les anglais, nous recevons des éloges de tous les allemands, mais à quelques temps de là, on apprend la prise de Damas, puis de Beyrouth, c’est sans doute la capitulation prochaine.

Déclaration de guerre Russie-Allemagne

On apprend la déclaration de guerre entre la Russie et l’Allemagne, l’avance formidable des troupes allemandes, une grande destruction de matériels et d’avions, un nombre important de prisonniers.

Le 14 Juillet, on apprend la rupture de la ligne Staline et le 15 la capitulation de la Syrie que l’on prévoyait depuis quelques temps. Nous apprenons aussi les menaces de l’Amérique sur Dakar. Sans doute, dans un avenir prochain faudra-t-il qu’ils prennent les armes contre l’Amérique. Ou cela nous mènera-t-il ? Vraisemblablement, à une grande catastrophe dont la France subira sa grande part de malheurs, mais en attendant, nous sommes toujours prisonniers.

Fin Juin, nous avons vu partir deux camarades dont un de la classe 19 et un autre plus jeune rappelé pour travailler dans son usine. Quant à nous, nous avons fait les foins, 8 jours de beau temps et c’est fini. Voilà la moisson qui arrive. Nous commençons le seigle le 18 juillet, c’est du sale travail car il est tout tombé. Le 17, un de nos camarades a trouvé la mort dans un accident d’auto. Dernièrement, un camarade a été libéré comme gendarme.

Le 16 Août, 10 collègues sont partis dans un autre Kommando pour travailler dans d’autres fermes. Notre tour viendra aussi sûrement car il n’y a plus assez de travailleurs et nous allons sans doute rentrer la semaine prochaine à Stalag et être remplacés par des russes : c’est en tout cas l’opinion générale.

Un petit incident est à noter à mon égard : au début de la moisson, une barbe d’orge est venue se placer dans mon nombril et a pénétré dans la chair causant un abcès et une grosse inflammation. Mais malheureusement, notre brave médecin est en permission, et avec le nouveau, nous ne sommes pas reconnus. Le mal s’aggrave et je le garde un grand mois. Ayant demandé un travail plus léger, on me met berger ! Et depuis le 19 Août, je vais aux champs garder mes 59 moutons et les soigner. C’est un poste de tout repos que je ferais bien jusqu’à la classe, mais…?

En ce moment, on en parle de moins en moins et pourquoi sommes-nous toujours ici ? Par la faute de quelques pantins qui sont restés tranquillement chez eux, qui n’ont pas souffert ce que nous souffrons, car la souffrance morale est la plus terrible de tous les maux.

Attentat contre Laval

Le 30 Août, nous apprenons l’attentat contre Laval, nous en sommes tous stupéfaits. Ceux à qui le régime ne convient pas, qu’on les envoie à notre place, nous ne serons pas fâchés de la leur céder.

On nous dit qu’après les pommes de terre ramassées, on sera libéré mais je n’y crois pas.

Le 9 Septembre on m’enlève mes moutons et on les emmène où ils étaient précédemment. Le 11, on me met au jardin. Je suis très bien. Tous les matins, j’ai mon casse-croûte et du pain pour plusieurs repas alors mes camarades en profitent aussi.

En ce moment, il fait très beau. Fin Septembre, début Octobre, le temps est merveilleux, mais hélas l’hiver arrive à grands pas.

Le 11 Octobre, un camarade cultivateur (Clotaire) part travailler dans une autre ferme. En fait de libération, on nous disperse tous dans les fermes. Le 20 Octobre, on a le plaisir pour eux, de voir partir deux copains Saucelle père de 4 enfants et Rocard aîné de 4 enfants. Ils s’en vont bien heureux. A quand ce beau jour pour nous ?

Le même jour, on voit la première équipe de prisonniers russes qui arrivent pour travailler. Ils sont, comme nous étions il y a 17 mois, morts de faim. Un jour, nous leur avons donné du rabiot de soupe, ils en étaient bien heureux, mais nous n’avons pas pu leur donner quoique ce soit d’autre car c’est totalement défendu y compris de leur parler.

Octobre se termine, voilà la Toussaint, on assiste à la messe . Le lendemain, jour des morts on travaille toute la journée. Et Novembre passe, très monotone. Voici Décembre avec ses jours froids mais sans neige. Dans le courant du mois, nous apprenons l’entrée en guerre de l’Amérique et du Japon, ce qui n’est pas pour raccourcir notre captivité. Puis vient Noël, seule fête connue par les Allemands. Nous l’avons bien fêté mais à la française. La veille nous avons vu un petit théatre organisé par les copains, puis la messe et après le réveillon jusqu’à 2 heures du matin. Pour la première fois depuis ma captivité, j’ai bu du vin : 4 litres à 8. Nous avons mangé 3 lapins et beaucoup de choses françaises reçues par colis avec café et « gniole ». Le lendemain après-midi, nous avons été a un théâtre organisé par un Kommando voisin. C’était très bien réussi.

Le jour de l’an 1942 est passé, bien calme. Nous n’avons pas travaillé. Vers le 20 Janvier, la neige commence à tomber. Nous voilà au creux de l’hiver. Nous balayons la neige presque tous les jours et jusqu’au 19 Mars, nous piétinons dedans.

Moi, je n’ai pas trop à me plaindre car j’ai passé le plus fort du froid à travailler au chaud à faire des paillassons ou trier de la paille avec mon camarade Bouquinet.

Le 19 Mars, 20 camarades nous quittent pour aller dans un autre Kommando près de Berlin. Notre effectif est réduit à 63 et le temps passe… Nous espérons pour l’année 42 que ce se sera la finale.

Voici Pâques, la vie continue. Le beau temps arrive. On espère de plus en plus. Avec les beaux jours, vient l’idée d’évasion dans certaines têtes. Ainsi le 16 Mai, notre chef de Kommando l adjudant-chef Helly part avec un de ses camarades le sergent-chef Hossamp. Ils sont repris 8jours plus tard à 40 kms de la frontière Suisse : « fatalité ». Le 7 juin, trois autres partent, le sergent Oberlé, les soldats Courtois et Tom Jacques. Auront-ils plus de chance ?

Ce ne sera sans doute pas les derniers car le moral baisse de plus en plus, les esprits changent. Je suis à peu près certain que 80% de ceux qui étaient favorables à la propagande allemande ont changé d’avis. Beaucoup ont trop bien compris, car « on » ne leur a rien dit, ils ont vu….Le 19 Juillet, toujours pas de nouvelle des évadés. Sans doute sont-ils passés. Je leur souhaite.

A part cela, toujours la même vie, on parle de la « relève » (c’est du bourrage de crâne ). Personne n’y croit . Nous entendons pourtant tous les soirs à la TSF, la campagne faite à ce sujet . Mais les français ne se laissent pas si facilement prendre à l’hameçon. Enfin, nous ne perdons pas confiance que bientôt viendra notre libération tant souhaitée.

Hélas, les camarades évadés n’ont pas eu plus de chance que les autres. Ils ont été repris et envoyés dans un camp en Russie. Beaucoup, d’évènements se sont passés depuis les dernières lignes que j’ai écrites : tout d’abord, dans notre baraque, on nous enlève la radio, plus d’informations. Les bobards reprennent de plus belle.

Nous apprenons l’avance allemande dans le Caucase au prix de mille difficultés et de pertes énormes, la guerre avec le Brésil, la capitulation de la Finlande et par contre l’échec total du débarquement anglais à Dieppe très souhaité par bon nombre de prisonniers qui voyaient là, le seul moyen de hâter leur retour. Nous apprenons également que le 11 Août, le premier train de prisonniers relevés est arrivé en France.

Que de paroles, elle fait dire, que d’encre, elle fait couler cette relève, qui n’est autre qu’un sujet de propagande. De plus, comment ne pas comprendre qu’on se fiche de nous lorsqu’on nous dit qu’il faut 3 spécialistes pour faire libérer un prisonnier ! Seuls quelques uns tirent profit de cette chose, mais ce n’est pas nous !

Aujourd’hui 30 Août 1942, il fait une chaleur terrible, mais hélas l’hiver approche à grands pas. Le passerai-je ici ? Seul l’avenir me le dira ! Mais je le crois fort.

Septembre, Octobre passent normalement. La Toussaint arrive annonçant l’hiver. Le 3 Novembre, un camarade de Tours Robert Beguin est rappelé à Stalag pour être renvoyé chez lui au titre de la relève comme père de trois enfants. Ceci surprend beaucoup d’entre nous. La relève continue.

Débarquement des américains en Afrique du Nord

Ce mois-ci, on apprend le débarquement des américains en Afrique du Nord, le recul des allemands et de italiens en Lybie.

Voici Décembre et Noël, le 3ème Noël passé ici ! On le fête du mieux qu’on peut et toujours à la française. Le jour de l’an 43 est pareil et tous, avec un grand espoir, pensent que ce sera le dernier puisque cela va assez mal en Afrique ainsi qu’à l’Est.

Le 22 Janvier, deux camarades partent pour la relève (Claudin classe 20 et Poisson classe 21, père d’un enfant). Je reste un des plus âgés, mais hélas la relève ne tient pas compte de cela.

Le 3 Avril, c’est notre cuistot qui part (Jean Boisset) ce qui me démoralise complètement car il est bien plus jeune que moi et a deux enfants également. Je ne crois plus à mon départ par la relève surtout que l’on parle de mettre une grande partie des prisonniers comme travailleurs civils. Je serais heureux d’y être. Ne serait-ce que pour les 15 jours de permission.

Le 28 Mars, mon beau-frère Georges est venu me voir. Quelle surprise ! Et quelle joie de revoir quelqu’un de sa famille après n’avoir vu personne depuis 3 ans. Il est revenu le 9 Mai. Je suis toujours très heureux de le revoir. On reparle de beaucoup de choses du pays, ce qui fait bien plaisir.

Pâques est passé tout à fait normalement. Le 14 Mai, on apprend que tout est fini en Afrique. Ce qui n’abaisse pas le moral, puis l’offensive russe avec de lourdes pertes pour les allemands. A l’ouest, tout est calme depuis quelques temps, puis débarquement des anglais en Sicile, en avance lente mais sûre et un beau jour, on apprend que c’est fini.

Le calme revient de ce côté, ce qui donne lieu à beaucoup de suppositions, mais le 3 Septembre, on apprend qu’ils ont débarqué en Italie.

8 Septembre, deuxième débarquement, le moral renaît et devient bien meilleur. Le 9 au matin, quand nous apprenons, sans détail, que l’Italie a capitulé, un nouvel espoir naît et nous espérons de plus grandes surprises encore dans le courant de l’hiver. Nous attendons patiemment.

Janvier 44. Passer les 5èmes Noël et Jour de l’An en dehors de la maison est de plus en plus monotone. Nous sommes bien déçus des affaires d’Italie. Rien ne bouge plus sauf du côté russe où l’avance se poursuit. Ils sont arrivés en ancienne Pologne. De leur côté, les anglo-américains bombardent beaucoup par grosses attaques aériennes, Berlin est à peu près anéanti ainsi que beaucoup d’autres villes depuis le premier janvier. Mais jusqu’ici rien chez nous heureusement.

Février, Mars, presque chaque jour, il y a des alertes. Nous voyons lorsque le temps est beau, des formations d’avions en quantité innombrable. Ils ont l’air de se promener tranquillement, passent au dessus de nous et vont bombarder plus loin. Quelque fois, un chasseur descend en trombe et mitraille tout ce qu’il voit d’intéressant.

Débarquement en Normandie

Le 6 Juin à midi, nous entendons la radio annonçait l’invasion. Le débarquement est commencé. Nous sommes inquiets. Tiendront-ils ? Nous l’espérons. Nous souhaitons être 8 jours plus vieux, mais lorsqu’au bout de 8 jours, nous constatons les progrès, nous reprenons confiance.

En ce moment, Juillet, je crois que les allemands sont partout débordés; Les russes approchent de la Prusse Orientale, les anglo-américains avancent en Italie et en France. Est-ce l’année de la délivrance ?

Le 20 juillet, attentat contre Adolf Hitler(blessé à la main droite, je me passe de commentaire). En France, nous voyons le front s’élargir, la Bretagne, la Vendée, Chartres, etc.,… Et nous, comme distraction, on nous annonce qu’il faut travailler le samedi toute la journée et le dimanche, nous attendons le prochain pour voir comment cela se passe..

Aujourd’hui 15 Août, nous apprenons un nouveau débarquement entre Toulon et Cannes, nous attendons avec impatience de nouveaux détails – Tout va bien –. Le 23, nouveau débarquement à Bordeaux, nous apprenons aussi la libération de Paris. Belle journée – sans commentaire-.

Le 24, nous apprenons la capitulation de la Roumanie. Le 25 on apprend que Paris n’est pas complètement libéré, ils se battent encore à certaines places. Ce même jour , mon cher Felix Hampf est parti soldat. C’est la 4ème fois qu’il doit partir, mais ce coup-ci, plus de rémission, il est parti. et l’entrée du Général De Gaulle. Les évènements se précipitent. Les anglo-américains entrent en Belgique, puis en Hollande, ils poussent vers l’Est et c’est la capitulation de la Finlande et de la Bulgarie.

Aujourd’hui, j’apprends la prise de Poitiers (le 8 septembre) et cela continue jusqu’à la libération complète de la France.

Voici le 6ème Noël et le jour de l’An 45, avec avance des allemands sur la Belgique, jusqu’à Sedan puis enfin arrêtés. Les russes avancent rapidement et ce 23 Janvier, ils sont en certains points, à 300 kms de Berlin et ils continuent d’avancer.

Le 26 Janvier 45, nous rentrons au stalag; Le 29, nous partons pour Niedassée près de Berlin au camp de Wissengrund. Nous restons là 3 jours. Le 1er Février à 5h00 du matin, on vient nous réveiller et nous dire que nous devons faire des fortifications autour de Berlin. Après bien des protestations de nos chefs, nous sommes obligés de partir, sous peine de passer au poteau.

Nous sommes au Nord de Berlin pour faire un fossé anti-char. Nous voyons passer des enfants, des femmes, des vieillards avec des bêches qui partent faire des barricades, et aussi des civils de tous les pays bien encadrés par d’autres civils armés.

Au total, tout Berlin doit préparer la défense. Le 18 Février, nous avons fini notre fossé anti-chars. Nous rentrons à Wissengrund.. Durant toute une semaine, nous ne faisons plus de fossé mais approchons les matériaux, tels que ferrailles, bois, gravats, etc.,…(protestations de la Croix Rouge). Puis on déblaie des rues, on enterre des morts.

Le 1er Mars, je rentre à l’infirmerie pour une grippe. Il s’agit d’une petite chambre à 8 lits avec deux malades seulement. La porte ne tient pas fermée, nous avons un poële, mais pas de bois, ni charbon. Sur la porte, il y a écrit « fiévreux », mais il y fait plutôt comme dans une glacière.

Je sors le 8, et il faut reprendre le boulot avec pour nourriture une boule de pain de 2 kg pour 8, 1/3 de litre de soupe aux rutabagas et 4 ou 5 pommes de terre selon la grosseur, qui souvent sont gelées.

Les évènements suivent leur cours. Le 25, nous apprenons que les anglo-américains ont traversé le Rhin, et les jours suivants l’étendue des armées sur le territoire. C’est, je crois bientôt la fin, mais hélas la verrons-nous ? Car avec les bombardements continuels de nuit comme de jour; il y a eu 45 alertes en 30 jours !, la nuit, ça va, nous sommes au camp, mais le jour, nous sommes en plein Berlin. D’ailleurs, le 18 Mars, nous étions dans le centre, dans une cave, qui par moment, nous chauffait plutôt les pieds et lorsque nous sommes sortis, tout était en feu autour de nous.

De plus, depuis 8 jours, les « Chleus » n’ont jamais été aussi mauvais. Tous les soirs, il y a fouille quand on rentre au camp. Ils nous fauchent tout le pain, la viande, les légumes que nous récoltons pendant notre travail.

Le 14 Avril, le moral n’a jamais été aussi bon. Les anglo-américains s’approchent de nous. Il y a de forts mouvements de troupes dans Berlin et les habitants font triste mine. Le 20, il y a une chaude alerte : nous ne devons pas aller travailler en raison d’une grande avancée sur Berlin. A 8h00, contre-ordre, nous partons au boulot. Il y a une alerte jusqu’à midi. Nous rentrons à la baraque où les autorités allemandes prennent des dispositions de toute urgence en collaboration avec les français en vue d’évènements graves.

Le 21, nous partons comme d’habitude au boulot. Vers 11h00, un des camarades qui était au milieu de Berlin pour le ravitaillement voit des obus arriver, un des chevaux est tué, l’autre blessé, mais heureusement, lui rien..

Le 22, nous entendons le front se rapprocher. Le 23, les allemands sont en position tout autour du camp et tirent toute la matinée, sans réponse. Les russes, sont plus avant, entre nous et le centre de Berlin. Que nous réserve la fin de la journée ? Rien

Le 24 Avril, départ du camp à 2h00 du matin, en direction de Nauen.. Après 40 kms de marche, la route est barrée . Les russes sont dans le pays où nous devions aller. Nous entrons dans un bois, mais le capitaine veut absolument passer. Nous repartons pour essayer, mais l’artillerie russe tire en plein sur la route, alors nous faisons demi-tour et abandonnons les sentinelles qui ont peur des russes et veulent à tout prix passer.

Le 25, nous dormons à poings fermés dans une écurie et vers 4h00 du matin , les russes sont là !!

Sans aucun coup de fusil, ni de mitrailleuse, nous sommes libres !! Ouf !!!!

Un officier russe nous dit de nous éloigner du front.. Ceci se passait à Vetz. Nous nous dirigeons vers Nauen équipés d’un tracteur et de deux remorques pour notre transport et d’une autre remorque tirée par deux chevaux pour les bagages. Nous passons la nuit , et le lendemain nous allons jusqu’à Vehlefanz. Nous nous y reposons la journée du 27 en nous ravitaillant du mieux possible.

Et à ce moment là, je me suis mis à voir et à revivre les mêmes choses qu’en 1940. Il y a moins de victimes, mais du matériel et des chevaux, les rues en sont jonchées. Les maisons et les villages sont abandonnés et pillés. Toutes les horreurs de la guerre !

Les allemands voient tout ceci chez eux, ce qui n’était jamais arrivé . Ils n’avaient malgré tout pas eu peur de le faire en 1940.

Nous nous reposons les 28 et 29. Nous apprenons la jonction des armées russes et anglo-américaines près de Leipzig et une jonction imminente au Nord-Ouest, ce qui nous plaît car nous nous dirigions vers l’Est, mais avec regrets.

Nous stationnons à Vehlufünz en attendant une organisation quelconque car la radio nous dit de ne pas bouger, d’attendre. Ce que nous faisons au prix de mille difficultés.

Le 2 Mai, nous apprenons la mort de Mussolini et d’Hitler, la capitulation de l’Italie, une jonction à Witenberger, ce qui nous fait sourire car nous allons peut-être pouvoir revenir vers l’Ouest.

Le 3, repos, le 4, quelques camarades partent « tenter » leur chance. Le 5 nous préparons notre départ en direction de l’Ouest. Le 6, à 8h00, nous partons pour Vehrbeline où nous passons une bonne nuit..

Le 7 à 7h00, nous partons toujours vers l’Ouest, mais après des bifurcations imposées, nous arrivons à Ganzer au Sud de Neurufin. Nous nous reposons le 8. Des camarades ont essayé de pousser jusqu’à l’Elbe, mais les troupes russes les ont arrêtés

Capitulation de l'Allemagne

Quelques uns ont paraît-il pu passer, mais maintenant, il est impossible d’approcher. Le 9, nous attendons ainsi que le 10. Nous mangeons comme nous pouvons. Hier, pour la première fois de ma vie, j’ai saigné un cochon et je ne m’en suis pas trop mal tiré. Nous avons touché un peu de pain par l’intermédiaire de l’infirmière et de l’organisation russe.

Mais les jours passent et nous semblent bien longs. Le 11 repos encore, mais nous avons décidé de partir le 13. 5 camarades partent demain en direction de Havelberg. Nous avons décidé de prendre le même chemin. Nous serons ainsi plus près des anglo-américains avec toujours l’espoir de passer de leur côté.

Depuis quelques jours, on parle de la capitulation de l’Allemagne mais rien ne nous l’a confirmé. Le 12, repos et le 13, contrairement à ce que nous avions décidé, nous retardons notre départ d’une journée et changeons de direction. Nous partons le 14 en direction de Kyritz.

Nous arrivons à 11h00 et nous nous installons dans un petit garage. Nous sommes 4. Nous allons nous faire inscrire et allons nous coucher de bonne heure. Le 15 à 7h00, je vais chercher les bons de ravitaillement et à 8h00, je fais la queue pour la soupe. A midi, rapport, à 13h00 distribution de tabac et à 15h et 20h soupe.

Le 16, c’est la même chose. Le 17 à 6h00, un camarade vient nous annoncer que les français passent l’Elbe à Witenberg. Aussitôt debout, nous partons à 7h30 jusqu’à Perleberg (43 kms). Le 18, nous partons à 5h00 en vitesse pour l’Elbe où nous arrivons à 9h30, mais il faut attendre. Hier, personne n’est passé. Allons-nous pouvoir passer aujourd’hui ???

Et bien, Oui ! A 5h00, nous sommes passés en radeau, 100 à la fois, et nous sommes tous bien heureux car les russes sont peut-être de bons garçons mais ils nous ont quand même laissé une mauvaise impression et de mauvais souvenirs. Nos montres, nos alliances, les briquets, le chocolat, les cigarettes devenaient leur propriété, mais par contre, ils nous laissaient une entière liberté, ne s’occupaient pas de nous sauf les derniers jours que nous avons passé à Kyritz.

Nous avons été très bien accueilli pas les américains. Après avoir traversé l’Elbe, ils nous ont emmené dans une prairie à quelques kilomètres de là, et ensuite, nous sommes partis en camion dans une ferme où ils nous ont servi des pommes de terre et des conserves.

A la première impression, on voit qu’il y a beaucoup plus d’ordre que de l’autre côté, et même les civils allemands ont davantage le sourire. Ils peuvent d’ailleurs continuer à travailler car ils ont leurs chevaux et vaches, tandis que de l’autre côté, il ne leur reste rien, rien, rien.

Le 19 à 19h00, un train amenant des russes, nous emmène à leur place et nous voici partis à petite vitesse car les voies ne sont pas encore en état. Nous partons donc de Geestgotteberg, et à la gare suivante, nous touchons pour une journée de vivres (SeeHauser). Nous roulons toute la nuit à faible allure en direction de Hanovre. En cours de route, nous changeons de direction et nous arrivons vers minuit à Hildesheim où nous stationnons le 21 jusqu’à 13h00.

A ce moment, on fait descendre seulement les prisonniers pour monter dans des camions. Ils nous emmènent dans un camp d’aviation et à l’arrivée, contrôles, désinfection, soupe et logement. Après s’être nettoyés, nous nous couchons, car après deux nuits passées dans le train presque sans dormir, nous sommes épuisés. Nous avons touché des vivres pour le casse-croûte et le lendemain à 8h00 départ pour la gare où nous touchons des vivres pour un repas. Nous attendons un grand moment que le train se complète.

A 14h00, le train part pour Lherte, , « petit berlin », Minden, Erfort où nous passons la nuit dans les wagons. Le 23, départ à 6h00, nous faisons une pose à München et repartons à 8h00 en direction du Rhin que nous traversons à 18h15 à Vesel. Mais après la traversée, nous allons au ralenti et resdescendons le long de la frontière hollandaise que nous atteignons le 24 à 18h30. Après avoir fait une halte à Herzogeurath, nous repartons à 19h30, voilà la nuit, nous ne voyons plus rien. A 2h00 du matin à Mestrich, nous touchons du bouillon et du pain d’épice et en route pour Lüge où nous sommes accueillis chaleureusement .

Il est 8h15, tous les habitants aux portes et fenêtres nous saluent et nous font des gestes amicaux, nous jettent du pain et ce, tout le long de la route jusqu’à Namur où nous arrivons à 13h30. Nous sommes accueillis au son de la Marseillaise. Après une courte halte, nous partons pour Charleroi et y arrivons à 15h20. Nous avons le même style de réception et nous sommes ravitaillés par les bons soins de la Croix Rouge. Départ à 16h15 pour Erqueline, gare frontière belge.

Nous entrons en France à Jeumont à 16h15. Passer cette frontière tant attendue, quelle joie !! Impossible à décrire !!. Nous sommes accueillis par une foule admirable et surtout par la Croix Rouge qui nous ravitaille merveilleusement. Nous repartons à 17h00 pour Maubeuge où nous arrivons à 18h00 avec encore un accueil chaleureux et distribution de tartines et de bières. Nous repartons aussitôt pour St Quentin.

A 22h00, là encore ravitaillement 2 bonnes tartines et un verre de vin que j’ai trouvé bien bon et De nouveau en voiture pour Paris où nous arrivons à la Gare du Nord le 26 à 4h00 . Des autobus nous conduisent au Vel d’Hiv pour passer le reste de la nuit. Nous avons encore un casse-croûte et un verre de vin. Puis, on nous emmène à Orsay avec de nouveau, casse-croûtes à volonté, bière et café. Après les formalités, on prend une douche, désinfection, visite médicale, radio. On nous donne des bons de colis, de tabac, échange d’argent et prime.

De là, je pars à l’amicale des employés de la TCRP pour affaires personnelles et j’arrive chez mon frère bien fatigué et je leur cause une grande surprise !!!